Qui devons-nous devenir ?

Je profite des vacances pour partager l’article que j’ai écrit pour le magazine l’appel à la rentrée. Bonne lecture.

Comment redéfinir notre identité et notre rapport au monde ?

La responsabilité collective de l’humanité est jugée en ce début d’année

 

Qu’est-ce que le judaïsme ? La question du « vrai israël » a agité les débuts de la chrétienté comme la naissance de l’Islam. Elle soulève d’ailleurs des remous au sein même du peuple juif. Mais il est trop réducteur de limiter la question à une revendication d’héritage. Le judaïsme n’est pas un objet défini mais un sujet en lui-même qui émerge sans cesse de la confrontation du peuple juif à l’histoire. Il n’est pas exact de dire que « le Judaïsme est la plus ancienne des trois religions monothéistes ». S’il est apparu antérieurement, sa forme actuelle est moderne au même titre que les formes modernes des autres religions.

Edmond Fleg s’exprime ainsi : « Israël n’est pas créé, les hommes le créent ». C’est sans doute pour cela que la Michna rappelle, « l’étude de la Torah équivaut à tous les autres commandements ». L’éducation permanente soutient effectivement l’évolution permanente. Fleg s’inscrit dans la continuité d’une tradition talmudique qui considère que l’homme peut dépasser Dieu, avec son assentiment, et rire de voir le triomphe de ses enfants.

 

Devenir Israël

Israël en tant qu’entité est symbolisé dans la bible par le personnage de Jacob. Il faudra que Jacob lutte avec Dieu lui-même pour obtenir un nom nouveau et de nouvelles qualités, une bénédiction renouvelée. « Celui qui contourne » deviendra « celui qui domine Dieu ».  Ce n’est pas pour des raisons d’héritage génétique ou culturel que Jacob est « élu ». C’est parce que, comme le dit Léo Baeck, il « se choisit lui-même », et lorsqu’il entre en combat, il interroge son attaquant : « dis-moi ton nom » et le retient jusqu’à l’épuisement.

Ceci est vrai au niveau collectif autant qu’au niveau personnel. Les religions, les peuples, les états, les associations, luttent pour trouver leur chemin autant que chacun d’entre nous, à un niveau personnel. En fin de compte, c’est à nous de prendre acte de ce que nous sommes devenus, et de signer nous-mêmes le registre de la vie ainsi que le rappelle la liturgie de Kipour, « jour du grand pardon ».

En ce jour solennel, nous ne luttons pas avec les anges, mais nous faisons mieux encore puisque nous devenons des anges. Habillés de blanc, soustraits à nos besoins nutritionnels, nous prononçons à voix haute la réponse que seules les légions célestes adressent à l’Eternel. Nous considérons en ces jours solennels que nous amender est de la toute première urgence, une question de vie ou de mort.

 

Ne pas devenir Rav Soussia

Pour nous changer nous-mêmes, il nous faut presque créer un autre moi qui enseignerait au moi présent comment devenir un moi renouvelé. Les fêtes de Tishri jouent ce rôle et nous invitent à faire retour sur nous-mêmes, à prier et à crier, à nous tourner généreusement vers les autres.

Ici encore, tout est question de mesure. Yom Kipour fait monter la tension, mais Roch hachana nous y a préparés, et SimHat Torah vient en faire la catharsis. L’idée n’est pas pour nous de devenir des surhommes nietzschéens, mais simplement d’accomplir nos capacités et de les orienter. C’est un « deviens ce que tu es » sans violence, qui rejoint l’enseignement de notre cher Rav Soussia du légendaire Hassidique. Il sait que lorsqu’il rendra des comptes sur l’usage qu’il aura fait de sa vie, il ne sera pas jugé à l’aune d’Abraham ou de Moïse, mais à la sienne propre, à celle de Rav Soussia.

Que doivent être nos vies ? Viktor Frankel, neurologue, psychiatre, rescapé d’Auschwitz et fondateur de la logothérapie, invite ses patients à ne pas chercher le sens de la vie en tant que tel, dans son essence, mais à chercher au contraire le sens de leur vie propre dans leur propre volonté. Le sens de nos vies sera celui que nous leur donnerons.

Étrangement, le début de l’année juive n’est pas lié à un événement spécifique à notre tradition mais à l’anniversaire (symbolique bien sûr) de la création de l’humanité. C’est donc toute l’humanité qui, d’après la tradition juive, est invitée à se redéfinir et à redéfinir sa relation au monde qui nous accueille.

Floriane CHINSKY, Docteure en Sociologie du Droit, Rabbin du MJLF

Hanouka: un message d’espoir historique et légendaire

Hanouka a également une raison historique, souvent ignorée. Les livres des Machabées, livre apocryphe qui ne nous est parvenu qu’à travers la traduction des septante retrace l’épopée des makabim, de Matatiahou et de ses fils, leaders de la révolte. Il y est relaté qu’une fois le temple reconquis et remis en état, chacun a regretté de n’avoir pu y célébrer la fête de soukot. Le deuxième livre des makabim raconte :

« Ils ont célébré dans la joie, huit jours comme la fête de soukot, se souvenant que quelques temps auparavant ils avaient passé les jours de soukot dans les montagnes et les cavernes comme des animaux. Pour cette raison ils ont décoré avec des bâtons et des branches qu’on pouvait trouver à cette saison et avec des palmiers dattiers ils ont loué Dieu qui avait soutenu leur action dans la purification de son sanctuaire. » (makabim II, 10 :6-7)

La deuxième origine de la fête est donc historique. La situation de Sion comme terre conquise et les conditions de la révolte avaient empêché la célébration de soukot. Notre peuple, qui ne renonce jamais, a su recréer cette fête avec les moyens du bord, hors saison. Notons au passage que ce « soukot chéni » n’a pas pu obéir aux règles habituelles de la fête. Cela n’a pas empêché le peuple de la célébrer et de témoigner ainsi son amour pour la tradition. C’est une deuxième leçon de la fête : ne jamais renoncer, ne pas se laisser démoraliser par l’impossibilité de célébrer nos fêtes, tenter de « reconquérir le sanctuaire » en réunissant les conditions qui nous permettrons de poursuivre notre tradition, et, lorsque le sanctuaire est reconquis, ne pas l’ériger en vérité pétrifiée et idolâtre, mais témoigner de notre amour pour la tradition de façon créative.

 

Hanouka, et cette partie de l’histoire est la plus connue, possède également un fondement légendaire, psychologique et symbolique. Il s’agit du miracle de la fiole d’huile, qui a permis à la ménora (lampe à sept branches utilisée au temple) de brûler pendant huit jours avec une toute petite quantité d’huile. Ainsi, une sorte de ménora à huit branches (comme les huit jours de hanouka) plus chamach, que l’on nomme « Hanoukia », a fait son apparition au quatrième siècle. Encore une fois, il s’agit de ne pas se laisser décourager par la petitesse de nos moyens.

Si nous n’avons qu’un peu d’huile, utilisons-là, partageons cette lumière, laissons là nous éclairer, et elle ne viendra pas à s’éteindre.

Pour cette année, nous pouvons retenir de cette fête si belle et si simple trois qualités qui nous accompagneront pendant ces huit jours, et espérons-le au delà : la lucidité et la conscience, la créativité dans l’expression de notre amour, l’espoir.

Le premier sens de Hanouka: la fête de la lumière universelle

En ce jour de Roch Hodech Kislev, voici un petit article sur Hanouka sorti de mes tiroirs et toujours d’actualité… חודש טוב לכלם

Hanouka, entre toutes les fêtes, illustre l’attachement du peuple juif à sa tradition, une tradition de vie, porteuse de vie, adaptée à nos vies.

Absente de la Bible, à peine évoquée dans la michna, Hanouka nous apparaît pour la première fois dans le Talmud. Une braïta (source tanaïtique), citée dans le traité chabat du Talmud babylonien (21b) présente le lien entre la célébration et l’allumage de bougies.

Hanouka est, selon le talmud lui-même, originé dans un phénomène naturel impressionnant : le raccourcissement des jours. Il est essentiel de se mettre dans la peau des générations précédentes. L’amoindrissement de la luminosité et du temps d’exposition au soleil nous influence tous, parfois de façon imperceptible ou subliminale. Il nous est facile aujourd’hui, pour peu que nous en prenions conscience, d’allumer une lampe ou une bougie. La situation était toute autre dans le passé. L’absence de l’électricité rendait l’éclairage très difficile, très fragile et très peu confortable. La lumière vacillante des bougies elle-même constituait un luxe. Le Talmud va jusqu’à poser la question du choix à opérer si on ne dispose pas de l’argent nécessaire pour se procurer à la fois les bougies de Hanouka et le vin du kidouch du chabat !

Lorsque petit à petit, dans notre univers physique, dans notre univers familial, dans notre univers personnel, la lumière diminue, il est important d’en prendre conscience. C’est le premier message de Hanouka.

Cette prise de conscience, pourtant, peut faire peur. Le talmud fait remonter cette première angoisse à Adam Harichon, le premier humain. Voyant les jours raccourcir, torturé de culpabilité face à la faute qui l’avait chassé du jardin d’Eden, Adam vit sa fin venir. Il s’imagina disparaître dans l’obscurité, poursuivi par la faute de la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance. Il entreprit alors, nous dit le Talmud, de jeûner et de prier. Quand vint l’époque du mois de tévèt, il observa le rallongement des jours, il se dit qu’il s’agissait du fonctionnement normal du monde, et se consacré à huit jours de fête (avoda zara 8a). C’est avec la renaissance des jours qu’Adam pu reprendre sa vie. C’est ainsi que naquit la fête. La première origine de la fête serait liée à la nature, et à son influence sur nos sentiments et comportement.

Allumer les lumières de Hanouka permet de nous situer en harmonie avec la nature, sans nous laisser dominer par elle, de ne pas laisser nos jours se raccourcir et notre univers se réduire comme une peau de chagrin.

Au contraire, connaître la nature nous permet d’anticiper son cours et de nous prémunir de ses atteintes, de nous nourrir de ses offrandes. Dans ce premier sens, Hanouka est une fête universelle, c’est la fête des lumières, accompagnée par les guirlandes laïques et chrétiennes qui accompagnent elles-aussi l’obscurité de l’hiver….

Hanouka a également un sens spécifique à l’identité juive, nous l’évoquerons dans les prochains jours.

4 façons faciles de rendre simHat Torah exceptionnel!

Après la solennité de Roch hachana et de Kipour, il est temps de se détendre dans la paix et l’harmonie. SimHat Torah est là pour nous permettre de lâcher prise…

Voici plusieurs façons de faire de ce jour un moment particulier pour vous, vos amis et votre famille…

danses dans la synagogue 1 – Dansez les hakafot (niveau: super facile): On danse à la synagogue, avec la Torah, et chaque synagogue a son style. Plus solennel ou plus joyeux… Renseignez-vous sur la façon dont la fête est célébrée dans votre communauté. Fera-t-on passer la torah aux femmes? Pourrez-vous danser en famille? Pourrez-vous avoir réellement la Torah dans les bras ou bien sera-t-elle réservée aux plus proches fidèles? Choisissez l’ambiance qui vous convient!
Pour encore améliorer votre expérience des hakafot vous pouvez:
prendre la Torah et la donner à votre fille, danser face à la torah avec votre tout petit sur les épaules, venir entre amis et enflammer la synagogue par vos chants et vos danses (en accord avec l’ambiance spécifique du lieu, des organisateurs et du rabbin), faire du jogging les deux mois précédents pour être certains d’avoir la condition physique maximale et en profiter.

2 – Chantez les hakafot (niveau: facile): Savez-vous chanter les chants appropriés et danser en même temps? Augmentez votre expertise! Révisez les chants, en hébreu ou en translittération, en famille ou sur youtube! Pour vous aider, allez donc faire un petit tour sur ce lien. Vous pourrez télécharger des chants en translittération tout en regardant plusieurs versions sur youtube.

3 – Agitez les drapeaux de simHat Torah: Il est traditionnel d’amener des drapeaux à la synagogue pour la fête. Attention, ce n’est pas Pourim, pas besoin de les agiter comme des crécelles! C’est surtout pour les enfants, mais chacun peut également faire preuve de créativité. Pour vous inspirer, allez-donc voir tous les beaux drapeaux sur google ou sur différents liens que vous trouverez ici.

4 -Déroulez intégralement la Torah (niveau: facile): Dans certaines synagogues, on déplie totalement la torah et chacun est invité à tenir un morceau du parchemin. C’est une expérience merveilleuse
Pour bien en profiter, vous pouvez:
vérifier vos connaissances sur le sefer torah, regarder au moment où on déplie la torah les passages particuliers comme le cantique de la mer, les dix commandements, l’espace entre deux livres, etc…

Et vous, que ferez-vous pour simHat Torah? Avez-vous d’autres suggestions? N’hésitez pas à les partager en commentaires…

Article à suivre: 4 autres moyens de rendre simHat Torah exceptionnel

4 autres moyens aisés de rendre votre simHat Torah exceptionnel!

Article précédent: 4 façons faciles de rendre SimHat Torah exceptionnel

Vous avez-déjà fait du jogging pour tenir le coup pour les danses avec la Torah, repris les cours de chants pour les chants traditionnels, fait de la musculation pour pouvoir tenir le parchemin de la torah le temps qu’on le déplie intégralement et dévalisé les magasins de bricolage pour faire des drapeaux de la fête? Alors vous êtes déjà un super héro/ une super héroïne de la fête. Mais vous pouvez faire mieux!

Lecture de la torah par des femmes au kotel5- Lisez dans la Torah (niveau: expert): A SimHat Torah, dans certaines synagogues, tout le monde est appelé successivement à monter à la Torah. On relit la paracha jusqu’à ce que tout le monde ait eu cette chance. Cela peut être laborieux, donc en général, on lit dans plusieurs sefer en même-temps, et il y a besoin de nombreux lecteurs. C’est l’occasion d’apprendre une Alya et de la « rentabiliser »! Vous pourrez lire pour de nombreuses personnes. Mettez-vous d’accord avec quelques amis pour lire chacun un passage et vous relayer. Encouragez vos amies à se lancer. Ce sera une belle expérience pour vous, et pour tous ceux que vous pourrez appeler.
Pour en profiter au niveau facile, vous pouvez:
Aider chacun à lire les bénédictions de la montée à la Torah, encourager votre voisin/voisine à monter à la Torah si il/elle est timide, proposer un tallit à ceux qui montent et qui n’en ont pas.
Ou simplement, montez vous même à la Torah! Si c’est la première fois, prévenez le/la Rabbin et dites la bénédiction chéhéHéyanou.

6- Aidez les enfants à monter à la Torah (niveau facile): Les enfants sont appelés à la Torah collectivement. Bien sûr c’est vraiment adorable. A vous de voir si vos filles et nièces pourront monter à côté de leurs frères. Quoi qu’il en soit, cela vous donneLes enfants montent à la Torah sous un tallit l’occasion de passer un moment spécial. Comment? En créant la complicité en les préparant à lire les bénédictions par exemple! Vous pouvez expliquez à l’avance, ou sur place, à vos enfants, ou aux petits qui ne comprennent pas trop ce qui se passe. C’est l’occasion de relire les magnifiques bénédictions de la montée à la torah avec eux.

Pour aller plus loin, vous pouvez:
Vous assurer que vous avez un TRES grand Tallit, pour le proposer au moment où les enfants montent. Cela leur fait comme une énorme Houpa. Vous pouvez également (si vous êtes grand ou grande!) proposer de tenir l’un des 4 coins du tallit. Croyez-moi, c’est toujours un plus pour les organisateurs d’avoir quelqu’un en back up car on ne peut pas penser à tout, et cela nourrit le sentiment d’être une vraie communauté!
bonbons pour simHat torah
7- Prévoyez la cerise sur le gâteau
: participez à la distribution des bonbons. Si vous êtes dentiste en particulier, c’est une grande mitsva de distribuer cartes de visites et rendez-vous gratuits! Plus sérieusement, il est de coutume de distribuer des bonbons que vous pouvez contribuer à emballer à l’avance, distribuer sur place.
Pour l’ambiance « adulte » vous pouvez:
Certaines synagogues distribuent quelques alcools (mais pas besoin de cela pour être heureux, le bonheur de la fête suffit à nous enivrer…). Vous pouvez éventuellement amener une bouteille spare si nécessaire, uniquement avec approbation des organisateurs. En version soft, cela peut aussi être bienvenu d’amener des jus de fruit pour se désaltérer entre les danses, et quelques petites choses (cachères!) à grignoter.

bougie de Yzkor

8- Venez chanter la prière de la pluie et dire le Kadich à la mémoire de vos proches à l’office du matin: Le lendemain de simHat Torah, des offices spéciaux ont lieu. Certains finissent également la lecture de l’Ecclésiaste. On chante le Hallel. Bref, un moment à ne pas manquer. Et par la même occasion, vous aurez le mérite de renforcer le minian, ce qui compte lorsque beaucoup de personnes qui travaillent ne peuvent plus prendre de jour en semaine…

Et voilà! ça fait 8… comme les jours de de soukot, qui se prolongent avec chémini atséret.

La Torah « n’est pas dans le ciel », elle nous appartient à tous, nous en sommes les garants, nous et nos enfants.
SimHat torah est l’occasion de montrer que cette tradition qui nous a porté pendant des millénaires est encore proche de nous, en toute simplicité.
Et vous, que ferez-vous pour simHat Torah? Avez-vous d’autres suggestions? N’hésitez pas à les partager en commentaires…

Dayénou moderne personnel – Vivante aujourd’hui

Combien de choses extraordinaires m’ont permis d’être ici aujourd’hui avec vous !

Si tu avais fait rencontrer les chromosomes de mes parents, sans permettre à cet œuf de devenir vivant,

Si tu avais permis à cet œuf de devenir vivant sans qu’y vienne une conscience humaine,

Si tu lui avais donné une conscience sans donner la force à mes parents de me porter,

Si tu avais donné à mes parents la force de me maintenir en vie sans leur donner les capacités de m’élever,

Si tu leur avais donné la capacité de m’élever sans me donner la chance de rencontrer d’autres maîtres,

Si tu m’avais donné d’autres maîtres sans me donner la force de surmonter les épreuves de la vie,

Si tu m’avais donné cette force sans me donner la sagesse d’apprendre de chaque difficulté,

Si tu m’avais donné cette sagesse sans me donner le courage de transmettre à ma fille,

Si tu m’avais donné la force de transmettre sans me donner l’ouverture de la respecter dans ce qu’elle est,

Si tu m’avais donné l’ouverture de la respecter sans me donner d’autres motifs de passion et d’investissement,

Si tu m’avais donné cela sans me donner des amis pour aimer et être aimée,

Si tu m’avais donné des amis sans me donner des projets, et l’espoir de réaliser encore des œuvres dans le monde,

Mais toutes ces choses ont pu se réaliser, et je suis libre, aimée et vivante aujourd’hui.

Description et commentaire du plat du Seder

Texte de Léo Cohn, z »l

Je l’ai retrouvé dans la hagada de mon père. Le texte de la photocopie est en train de pâlir et de disparaître…
J’ai recopié en essayant de garder même la typographie…

Pour en savoir plus sur Léo Cohn, cliquez sur ce lien.

Deuxième partie

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La seconde partie de ce cahier est destinée à tous ceux qui doivent approfondir leur connaissance de la fête de Pessa’h.
Les textes suivants ont été fournis par les organisateurs : YESHOURUN HAPOEL HAMISRAHI-E.I.F. adhérant au C.O.R.A.J., commission religieuse du C.J.J. auprès de l’Aumônerie de la Jeunesse.

Description du plat du Seder

Trois Matsoth, l’une sur l’autre, couvertes séparément ; six petits récipients contenant : herbes amères, d’autres herbes, eau salée, sauce aux fruits, un os et un œuf dur.

LE COUVERT
On ne met pas ces choses n’importe comment. Pour les cabbalistes, ces dix éléments représentent les dix sephiroth et doivent être placés suivant la hiérarchie et la valeur de ses émanations divines. D’après les rationalistes, on ne met rien sur les matsoth mais on les entoure des herbers, du plat bouilli et des sauces.
Il me semble que le plat du seder rappelle les tables que, sans l’antiquité, on apportait aux convives couchés sur les divans. Il y avait tout sur ces tables, pain et vin, soupe, hors d’œuvre, légume, viande, sauces, dessert. Au seder, on apportait également ces tables mises (à chaque convive séparément). Le chef de famille faisait le Kiddouch et faisait débarrasser la table parce que, avant de manger, il avait à raconter toute la sortie d’Egypte. Il provoquait ainsi une vive déception qui était recherchée pour aiguiser l’attention. Notre plat du seder est une survivance de cette manœuvre.

1. TROIS MATSOTH COUVERTES SEPAREMENT.
A) Elles rappellent les trois camps ou enceintes des juifs dans le désert, l’enceinte du Tabernacle où seuls les Cohanim avaient le droit de pénétrer, l’enceinte des Lévites qui l’entouraient et finalement le campt des douer tribus profanes – c’est pour cela qu’on appelle couramment les Matsoth : Cohen-Lévi-Isaël.
Par ces séparations, elles rappellent la notion essentielle dans le judaïsme de la distinction et de la hiérarchie dans la sainteté.
B) On appelle aussi ces Matsoth, Mitsvoth, car l’orthographe hébraïque prête facilement à cette équivoque. Mitsvoth signifie commandement ou bonnes actions. Pendant la semaine pascale, la consommation des Matsoth est facultative (la prohibition du pain restant obligatoire), mais au seder elle est obligatoire, elle est Mitsva. D’autre part, les Mitsvoth rappellent la Pâque d’Egypte, première occasion pour le peuple juif d’obéir aux commandements reçus par Moïse. Dans ce sens, elles sont un symbole pour toute la loi. Les avoir sur sa table signifie qu’on accepte les lois d’Israël et qu’on les exécute.
C) Pourquoi ces trois Matsoth ?
Un pain suffit pour tous les jours : pour montrer l’abondance et la joie de la fête, on en met deux sur la table, Sabbath et fêtes.
D’ailleurs, les deux pains sabbatiques ont leur origine dans le Lévitique XXIII,17 et XXIV, 5 à 9. La troisième Matsa sera employée pour deux fins extraordinaires :
1° Pour Korekh, le sandwich de Hillel qui prenait le verset à la lettre et prescrivait de manger l’agneau pascal avec les Matsoth et les herbes amères (Exode, XII, 8).
2° Pour l’Afikomen, le dessert.
Comme pour la première bouchée de tout repas juif, est la Motsie, une bouchée de pain ; au Seder, la dernière bouchée est également symbolique. Elle devrait être précisément de l’agneau pascal, mais, dans la Galouth, elle est de la Matsa.
D) Comme la Matsa est appelée le’hem Oni (pain de misère), on montre l’économie que doit faire le pauvre avec son pain et l’on se rationne. Sur les trois Matsoth, une va servir pour la Motsie, la seconde pour le Korekh etAphikomen. On la partagera et la gardera cachée, la moitié étant conservée pour le dessert. La trisième symbolise la fête, le superflu, l’abondance ou pour le pauvre, le lendemain.
Deux leçons en découlent :
1°Même avec un pain misérable, on peut symboliser l’abondance.
2° Même quand on a peu, on peut encore faire des réserves.

2. HERBES AMERES.
La Haggadah expliquera la signification. Si on prend des racines telles que le raifort ou le radis, il faut manger la verdure puisqu’il s’agit « d’herbes ». En général, on prend la laitue pour le Maror.

3. KARPASS.
Hors-d’œuvre. N’importe quelles autres herbes. Même remarque, il faut manger la verdure et non pas les racines du radis. C’est un hors-d’œuvre de l’époque romaine, talmudique. Il est servi au seder pour faire une fausse manœuvre afin que les enfants posent des questions et que tous les convives protestent. En effet, contrairement à l’usage, au lieu de donner d’abord la première bouchée de pain, on offre avec une bénédiction spéciale des crudités. Puis on sert ces hors-d’œuvre piquants et apéritifs trempés dans l’eau salée, mais on ne sert point le repas. Au contraire, on brisera une Matsa sans la bénir, on en cachera une moitié sans en manger.

4. EAU SALEE.
Symbole double et contradictoire. A la mode des nobles Romains, c’est une sauce pour les hors-d’œuvre et à la mode des esclaves et des persécutés, cette sauce n’est rien d’autre que de l’eau salée.

5. HAROSSETH.
Sauce fruitée. Les herbes amères seront trempées dans une autre sauce. Elle a un aspect rougeâtre, marron et un goût sucré et épicé. Cet aspect doit rappeler le mortier dont les juifs se sont servis dans leurs travaux de fortification.
On recommande même d’y ajouter quelques hachures de paille pour rendre le souvenir historique plus frappant. Le goût sucré doit neutraliser la brûlure que cause le raifort dans la bouche. Etant donné que les herbes amères représentent la servitude, mais que la sauce sucrée rappelle les matériaux de travail, on peut en conclure que les Juifs ont trouvé une consolation dans le travail même qu’ils ont dû fournir dans des circonstances pénibles.
Recettes de HAROSSETH :
On râpe des pommes, on pèle des amandes, on délaye du sucre dans du vin rouge et on fait de tout une pâte à laquelle on peut ajouter de la cannelle ou des clous de girofles, ou d’autres bonnes choses. Actuellement prenez n’importe quoi, pourvu que vous arriviez à faire une pâte jaunâtre et sucrée (pommes de terre ou betteraves râpées, confiture, sucre, vin, carotte rouge, courge bouillie ou crue, « débrouillardise »…).

6. UN OS.
On prend en général un os de patte auquel adhère encore un peu de viande pour rappeler l’agneau pascal. Cet os doit être bouilli et non rpoti, puis dans la centre, rendu inconsommable parce que, hors Jérusalem, nous n’avons pas le droit de manger des sacrifices.

7. UN ŒUF DUR
Eclaté sous la cendre (pour la même raison), cet œuf rappelle le sacrifice de la fête « Hagiga ». Pourquoi ne représente-t-on pas l’agneau pascal grillé (Exode, XII,9) par un plat rôti ? On ne veut en rien agir comme di on sacrifiait. Pareillement au menu du dîner, ne doivent pas figurer de plats rôtis, L’œuf dur, dans d’autres circonstances aussi (premier repas d’un orphelin) est le symbole de la tristesse, du deuil, deuil pour le Temple précisément. Mais grâce à sa forme ovale, il est plutôt l’image de l’espoir, par le fait qu’il est porteur, en principe, d’une vie nouvelle. Le sacrifice de Hagiga était plus important pour la nourriture des pèlerins pascaux que l’agneau de Pessa’h. Chaque famille tuait au Temple un bœuf ou un veau selon les besoins, qui lui servait de base de ravitaillement pendant la durée du séjour à Jérusalem/
Sur l’autel n’étaient consommés que quelques parties incomestibles ou quelques morceaux appartenant aux prêtres (Lévitique, III).
L’agneau, par contre, fut consommé le soir du 14 Nissan, mais chacun n’en pu recevoir qu’une bouchée, au dessert. On s’en rend compte en pensant qu’un agneau de un mois doit être partagé entre au moins dix convives.
Pourquoi n’est-il pas recommandé de se réjouir à Pessa’h comme à Souccoth où cette recommandation est faite à trois reprises ?
Car à Pessa’h les Egyptiens moururent. Aussi ne récitera-t-on le Hallel entier que les premiers jours de la fête.
« Lorsque ton ennemi tombe, ne te réjouis pas. » (Midrach.)
LEO.

Lo Dayénou, Cela ne nous suffit pas

Voilà ce que je retrouver dans la hagada qu’utilise mon père pour pessaH:

Edmond Fleg, septembre 1948 (adapté par Marianne Chinsky)

Combien d’échelons de justice, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, nos yeux, dans ta justice, te verront encore monter.
Nous sauvais-tu des chars de Pharaon, sans nous sauver des pals de Nabuchodonosor : c’était trop peu pour nous.
Nous sauvais-tu des pals de Nabuchodonosor, sans nous sauver des bouilloires d’Antiochus : c’était trop peu pour nous.
Nous sauvais-tu des bouilloires d’Antiochus, sans nous sauver des croix de Titus : trop peu pour nous.
Nous sauvais-tu des croix de Titus, sans nous sauver des bûches de Torquemada : trop peu pour nous.
Nous sauvais-tu des bûches de Torquemada, sans nous sauver des knouts de Romanoff : trop peu pour nous.
Nous sauvais-tu des knouts de Romanoff, sans nous sauver des crématoires d’Hitler : trop peu pour nous.
(…)
Mais tu nous as sauvés des chars de Pharaon, des pals de Nabuchodonosor, des bouilloires d’Antiochus, des crois de Titus, des bûches de Torquemada, de knouts de Romanoff, des crématoires d’Hitler (…) : et c’est encore trop peu pour nous ! (…)
Lorsque, rendus dés longtemps aux fraternités des peuples, nous aurons fait avec toi, avec tous les hommes, sur toute la terre, toute la paix, dans toute la justice, alors, seulement, Eternel notre Dieu, roi du monde : assez pour nous !

Se déguiser, c’est faire tomber les masques…

LéhitHapes. Se déguiser. Ou plutôt, plus littéralement : « se chercher soi-même », léHapes et atsmi.

Au premier principe inscrit sur le temple de Delphes, « connais-toi toi-même », qui est le symbole du cartésianisme, la tradition juive oppose le « cherches-toi toi-même », qui pourrait être la devise de l’existentialisme. L’homme grec est achevé, il doit se découvrir. L’être juif est en construction, il doit se chercher.

La raison ne suffit pas pour nous comprendre nous-mêmes. Le tourbillon des sentiments, comme le dit Avi Boutavia, l’un des fondateurs du Yéouts Adadi Israélien, nous emmène en des lieux imprévus. Nos mouvements intérieurs nous troublent et nous remettent en question. De son côté, le tourbillon de la vie, comme le dit Irvin Yalom, nous place face à des questionnements sans cesse renouvelés. Les changements des circonstances nous bousculent et nous obligent à nous repositionner. Lire la suite