Eve, le savoir, et la dignité des femmes

Voici l’article que je viens d’écrire pour le magazine  » L’appel »… Lié à l’actualité de la lecture de la Torah autant qu’à la question de la dignité des femmes…

AIMEZ LES FEMMES COMME VOUS-MÊME

De la terre aride du déni au jardin fleuri de la collaboration

(article pour le magazine « L’Appel »)

 

Exilés de la légitimité-responsabilité

 

Accuser l’autre pour se disculper, c’est jeter des buches dans l’incendie en espérant qu’il s’éteigne.

Après qu’Adam et Eve aient goûté du fruit de l’arbre de la connaissance, Dieu les interpelle : « Où es-tu ? ». La réponse d’Adam se projette comme un réflexe défensif : « C’est Elle, la femme que TU m’as donnée, c’est ELLE qui m’en a donné et j’en ai mangé ». Qui serait coupable ? Dieu qui a donné la femme, la femme qui a donné le fruit, mais pas réellement Adam qui l’a consommé.  La femme répond pour sa part : « Le serpent m’a incitée, et j’en ai mangé. »

Au lieu d’assumer un choix difficile et d’en admettre les conséquences, le premier couple perçoit son acte comme une faute impardonnable et tente de s’en dissocier, fût-ce au prix de leur solidarité.

Ces lâchetés sont immédiatement suivies de conséquences : la bassesse, la haine, la concurrence, la douleur dans la relation filiale, dans la relation de couple, et dans le travail nourricier (Gen. 3 :14-19).

La transgression a des conséquences. Ils deviennent prisonniers de la violence qu’ils ont introduite dans le monde.

Pourquoi cela ? Aurait-il pu en être autrement ? Comment en sortir ?

 

Solidaires d’un choix réfléchi

 

L’histoire avait bien commencée : « La femme vit que l’arbre est bon pour se nourrir, qu’il suscite le désir pour les yeux, que l’arbre est agréable pour s’instruire, elle prit vite du fruit et en mangea, elle en donna à son homme qui mangea avec elle. » (Gen 3 :6)

De l’observation, de la réflexion, de l’action et du partage : la recette du paradis !

Pour nos sages la motivation de la femme n’est pas le goût du plaisir mais la recherche de l’intelligence.

Pourtant, le savoir entraine la conscience de l’ignorance. Connaitre notre pouvoir, c’est connaitre notre infinie faiblesse. Les yeux ont besoin d’un moment pour s’habituer à l’éclat du soleil et aux ombres de la nuit. Le premier couple voit plus clair, mais il perçoit également la vulnérabilité de leur condition, « ils comprirent qu’ils étaient nus ». Rachi dit : « Ils avaient un seul commandement et ils s’en sont dénudés ». Ils sont face à la réalité de leur solitude dans la prise de décision.

Ils vont devoir « s’habiller », ils se créent des vêtements végétaux, utilisent la nature pour s’en distancier, inventent un nouveau rapport au corps. Dieu lui-même les soutiendra et leur fabriquera des vêtements de peau.

 

Voir d’autres paysages

 

Plutôt que l’accusation, « la téchouva leur aurait convenue, comme David disant à Nathan : « J’ai transgressé » » (Sforno). L’aveu du secret déracine le chantage, l’aveu de la faute libère de son emprise, l’aveu de l’échec (כשל) ouvre le chemin de la raison (שכל). Laure Adler disait le 17 octobre au micro de Léa Salamé : « Il ne faut pas seulement punir, il ne faut pas employer des mots comme « punition ». Il faut employer des mots comme « civilisation », comme « reconnaissance de nos droits », comme « possibilité pour ces hommes qui ont été élevés dans la culture machiste, qui considèrent que les femmes ne sont que des trous, qu’elles sont réduites à leur sexe uniquement, et bien qu’ils considèrent que, nous les femmes, nous sommes leurs égales…” »

Il est temps qu’à la suite d’Ève, nous goutions en tant que société à l’arbre de la connaissance, de façon à ce que nos yeux s’ouvrent sur l’urgence de reconnaitre et d’assumer pleinement la dignité et la liberté des femmes. Lever la malédiction première implique d’instaurer une société de dignité et de respect, où l’humiliation ne reste pas cachée ni reléguée, où la vulnérabilité est assumée et peut trouver accueil et soin, pour la femme comme pour l’homme. Ainsi que nous le disons dans les bénédictions du matin : « Éternel, ouvre les yeux des aveugles ! Habille ceux qui sont nus ! Redresse ceux qui sont courbés !»

 

 

 

Le loup peut-il apprendre la loi ?

« La justice, la justice tu poursuivras ! »
(Deutéronome 16 :20)

Télécharger ici en PDF: la loi

Entre la réalité d’une Justice humaine imparfaite et le sacré de la Valeur Justice

La Justice est-elle encore d’actualité ?
Selon l’expression des anciens : « L’Homme est un loup pour l’Homme. » Quelle puissance pourrait donc s’opposer à la force brute ?
Le pouvoir judiciaire est cette entité, créée par l’Homme, qui endosse la responsabilité de s’opposer à lui, en s’appuyant sur une valeur édictée comme sacrée et supérieure, la Justice. Le risque que « la raison du plus fort soit toujours la meilleure » est toujours présent. Le risque de confusion entre Justice et Force est double. Le fort risque d’abord d’édicter la loi à son avantage. Il est ensuite tenté de la critiquer ou de la contourner.
Plusieurs candidats aux plus hautes fonctions de l’Etat ont illustré dramatiquement cette tendance au cours des dernières élections présidentielles françaises. Pris en défaut par la Justice, ils ont choisi de se retourner contre elle et de remettre en cause sa légitimité. Par ailleurs, en 2013, le coût annuel de l’évasion fiscale européenne était estimé à 1000 milliard d’euros par an. Avec un quart de cette somme investie pendant 15 ans, l’ONU estime que nous serions en mesure d’éradiquer la faim dans le monde entier. Le prix de la faiblesse de la Justice se compte parfois en vies humaines.

Respecter intellectuellement le Droit et obéir à la Loi

Comment la Justice peut-elle se défendre contre ces transgressions ? Sommes-nous en mesure d’agir ?
La tradition juive nous invite tout d’abord à soutenir le système judiciaire, en dépit de son imperfection. « Rabbi Hanina, suppléant du grand prêtre, disait : « Prie pour la continuité de la royauté, car sans la crainte qu’elle inspire, les hommes s’entre dévoreraient vivants ! » (Michna Avot 3 :2) La royauté ici, ce sont les institutions publiques. De la même façon, d’après le Talmud (Sanhédrin 56a), la première des 7 lois de Noé exige que chaque société humaine se dote de tribunaux. En d’autres termes ces textes nous rappellent que l’Institution Judiciaire est au cœur du Contrat Social.
Plusieurs textes de la Torah insistent sur la nécessité de l’indépendance des juges. La règle et son application doivent rester impersonnelles et générales comme le rappelle le Lévitique (19 : 15) :
« Ne prévariquez point dans l’exercice de la justice; ne montre ni ménagement au faible, ni faveur au puissant: juge ton semblable avec impartialité. » Deux tentations opposées sont mentionnées : celle de se soumettre au puissant par crainte ou par intérêt et celle de favoriser le faible par empathie . Ces deux attitudes desservent également la justice.

L’évidence de la Justice sera un jeu d’enfant
La troisième approche nous invite à examiner le rapport de force en d’autres termes. Plus puissant que lui, je pourrais être tenté d’abuser de la faiblesse de mon prochain. Mais plus puissant que moi, Dieu lui-même se tient à ses côtés. Telle est le sens de l’injonction du Lévitique (19 :14) : « N’insulte pas un sourd, et ne place pas d’obstacle sur le chemin d’un aveugle: redoute ton Dieu! Je suis l’Éternel. » Plus grande que mon intérêt personnel, ma conscience de ma solidarité à la condition humaine m’oblige. L’idée de Dieu ou celle de la suprématie de nos valeurs, nous aide à refuser l’abus de pouvoir.

La question de l’indépendance de la Justice est bien pertinente, à tous les temps. Les acteurs du présent dénoncent la coexistence d’ « Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons » . Notre espoir pour l’avenir est qu’au contraire « le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau; veau, lionceau et bélier vivront ensemble, et un jeune enfant les conduira ». Selon Isaïe (11 : 6) Dans l’intervalle, il nous appartient de mettre en œuvre au mieux de nos moyens la parole du Deutéronome (16 :20) : « La Justice, la Justice tu poursuivras ! »

L’amour est-il encore d’actualité?

appel1articleLe magazine « l’Appel » est un magazine chrétien qui s’intéresse à l’actualité et au dialogue interconvictionnel. Il m’a demandé une contribution pour les prochains mois. Voici ma contribution pour le numéro de février. Mon titre initial était « l’amour est-il encore d’actualité ».

L’un des initiateur de ce magazine est Gabriel Ringlet, avec lequel j’avais eu le plaisir de partager une cérémonie co-créée et une conférence au Prieuré Malèves Sainte Marie.

Pour télécharger l’article, cliquez sur le lien suivant: article l’appel: l’amour est-il encore d’actualité

Nous sommes le chant du monde… Dracha Tichri 5777

Chana tova à toutes et à tous! gmar hatima tova.

Pour Surmelin

chant roch hachana chagallQuelques heures avant Kipour, je partage ma dracha de Roch Hachana et vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 5777, gmar hatima tova.

Un an encore a passé. 365 jours. 8760 heures. 525 600 minutes. Plus de 30 millions de secondes.

Un trésor précieux entre tous, de temps, de la vie, la vie.

Qu’avons-nous fait de ces instants ? Qu’avons-nous créé ? Qu’avons-nous pensé ? Que sommes-nous devenus ? Ces instants ne reviendront jamais.

Ce jour de roch hachana est le jour des comptes, le grand jour de la comptabilité de nos actions.

Reprenons chacune de nos secondes et voyons dans quelle colonne nous l’inscrivons.

Nos colères, où s’inscriront-elles ? Nos joies ? Nos satisfactions ? Nos frustrations ? Nos repos ? Tous ces sentiments légitimes, dont nous sommes les bergers et bergères ?

Dans quelle colonne s’inscriront-ils ?

Cette colère-là, était-elle un investissement ? un gâchis ? un apprentissage ? une nourriture émotionnelle ? un tremplin pour évoluer ? une nécessité périmée ?

Cette…

View original post 1 486 mots de plus

Les voyages et leurs bénéfices virtuels (Paracha Massaé) (ou: Pokemon et plus encore!)

Je partage cette petite Dracha composée spécialement Chabbat dernier à l’occasion de mon passage au GIL, la synagogue libérale de Genève.

Dans le texte que nous venons de lire dans le sidour, il est question de voyages. Le voyage dans l’espace et le voyage dans le temps. Puisque nous disons que les voyages forment la jeunesse, il est intéressant de se demander en quoi ils nous aident à évoluer. Cette question est présente non seulement dans la Torah mais aussi dans toute l’histoire juive ; en effet, notre expérience en tant que peuple couvre  de vastes espaces dans l’histoire autant que dans la géographie. Cette même question se pose à chacun d’entre nous, lorsque nous traversons les différents âges de la vie, chaque fois que nous rencontrons des situations et des personnes nouvelles.

Pour moi qui suis justement en visite dans cette belle synagogue de Genève, la question est très présente. Je mesure également le temps écoulé depuis ma brève visite au moment de son inauguration, il y a un peu plus de 6 ans.

Et la question du voyage est à mes yeux apparentée la question de l’identité.

Le GIL ressemble beaucoup au MJLF, il est évident que nous sommes frères, que nous sommes de la même famille. Pourtant, il existe des nuances, des variantes plus ou moins perceptibles au niveau des pratiques et au niveau des airs. Ces différences m’interrogent. Où est la limite entre ce que j’identifie comme « semblable » et ce que j’identifie comme « différent ».

La question est pertinente aujourd’hui à différents niveaux, et on peut se demander si les identités religieuses par exemple nous rapprochent ou nous séparent. On peut se demander si les identités nationales nous rapprochent ou nous séparent.

Au-delà des éléments « objectifs » qui font notre ressemblance et notre différence, une autre chose compte encore plus : la façon dont nous répertorions ces différences. Les classons-nous dans la catégorie « un peu différentes mais nous sommes frères » ou dans la catégorie « pas mal différentes et nous sommes étrangers » ? Plus que la réalité, c’est notre lecture de la réalité qui fait la différence.

Alors que notre paracha parle justement de voyages, nous pouvons mentionner la très belle formule de Alfred Korzybski (mathématicien, ingénieur et philosophe) : « La carte n’est pas le territoire ». Il ne faut pas confondre la réalité et l’idée que nous nous en faisons.

Un texte de Lewis Carroll illustre cela avec beaucoup de fantaisie et de justesse :

« « C´est une autre chose que nous avons apprise de votre Nation, » dit Mein Herr, « la cartographie. Mais nous l´avons menée beaucoup plus loin que vous. Selon vous, à quelle échelle une carte détaillée est-elle réellement utile ? »

« Environ six pouces pour un mile. »

« Six pouces seulement ! » s´exclama Mein Herr. « Nous sommes rapidement parvenus à six yards pour un mile. Et puis est venue l´idée la plus grandiose de toutes. En fait, nous avons réalisé une carte du pays, à l´échelle d´un mile pour un mile  ! »

« L´avez-vous beaucoup utilisée  ? » demandai-je.

« Elle n´a jamais été dépliée jusqu´à présent », dit Mein Herr. « Les fermiers ont protesté : ils ont dit qu´elle allait couvrir tout le pays et cacher le soleil  ! Aussi nous utilisons maintenant le pays lui-même, comme sa propre carte, et je vous assure que cela convient presque aussi bien. »

Ainsi, il est simple de confondre le territoire et sa carte, le réel et la signification que nous lui donnons. Mais ce serait une erreur. La sentence de Korzybski bien sur métaphorique, comme l’histoire de Lewis Caroll.

Notre paracha de la semaine, Massaé, retrace le déplacement des enfants d’Israël pendant les 40 ans du désert. Pourquoi ce « retour sur carte » ? Pour Rachi, ce récapitulatif est fondamental. Il permet non seulement de rappeler les détails pratiques de l’histoire, mais surtout de leur donner un sens. Chaque aventure est un enseignement qui doit être pris en compte.

Nous nous rappelons que les 40 ans d’errance dans le désert sont liés au refus des enfants d’Israël d’entrer en terre de Canaan. On pourrait penser que ces 40 ans auraient eu un caractère punitif. Rachi souligne au contraire la bienveillance permanente de Dieu. Sur les 42 étapes, 22 se sont déroulées pendant la première et la dernière année. Les 20 restantes ont donc permis de longues pauses, de deux ans en moyenne, laissant ainsi aux enfants d’Israël le temps de s’installer, de se poser. Ce récapitulatif est une déclaration d’amour. Rachi mentionne la parabole des sages, comparant cela à l’histoire de ce roi qui a voyagé avec son fils malade. Une fois celui-ci sorti de sa fièvre, le roi tient à lui redonner conscience des chemins qu’il a parcourus dans un demi sommeil : « Ici nous avons dormi, ici nous nous sommes rafraîchis, ici tu as eu des maux de tête, etc. »

De même, les péripéties de nos vies ont un sens, au-delà de leur simple « cartographie », et il nous appartient de nous en saisir.

En ces temps de furie de « Pokémon Go », une petite comparaison estivale peut nous permettre de dire qu’au-delà de la réalité matérielle, il existe une réalité virtuelle, y a toujours un « Pokémon » ou un « cadeau virtuel » dont nous pouvons nous saisir si nous prenons la peine de le voir.

Ainsi, lorsque nous prenons la peine de voir plus loin que la « carte » pré-écrite dans nos têtes, nous pouvons saisir les cadeaux que nous offrent les expériences de la vie, les voyages se mettent à former notre jeunesse, nous apprenons beaucoup des ressemblances et des différences de l’autre. Dans la confrontation à la vie et à l’autre, nous apprenons à mieux connaitre notre identité propre.

Le Rabbin Garaï soulignait la semaine dernière notre capacité en tant que juifs libéraux de ne pas nous identifier à notre tradition de façon fondamentaliste, mais à adopter parfois un regard distant qui permet la réflexion. Tel est également l’un des enseignements de notre Paracha. Que nous gardions toujours cette capacité de distanciation et de réinterprétation du réel, en particulier en ce jour de repos qu’est ce beau chabbat que nous partageons.

Chabbat Chalom

Seder express: pour préparer son seder familial

Une vidéo et une mini hagada pour se lancer pour un seder familial à la maison…

Pour Surmelin

Bonjour à toutes et à tous,

Faire le seder chez soi est une expérience extraordinaire.
On peut y passer toute la nuit, comme Rabbi Akiva, Rabbi Tarfon, Rabbi Eleazar ben Azaria and co., en rajoutant des questions d’actualité (dans quels pays se bat-on aujourd’hui pour la liberté?), des questions éternelles et philosophiques (qu’est-ce que la liberté? la liberté politique? la liberté de se changer soi-même? comment peut-on l’atteindre? etc….), ou de nombreux chants.
On peut aussi faire des versions simplifiées qui permettent de se lancer pour un premier seder et de mettre le seder à la portée des enfants.
Pour cela, nous avons préparé pour vous deux outils: Une hagada courte et très simplifiée que vous pouvez télécharger ici:
hagada simplissime à télécharger
Une vidéo qui vous montre comment utiliser cette hagada et comment apprendre les chants:

Bonne lecture, bonne écoute, et bon seder.
Ce vendredi à 18h45, office abrégé…

View original post 13 mots de plus

Hanouka: un message d’espoir historique et légendaire

Hanouka a également une raison historique, souvent ignorée. Les livres des Machabées, livre apocryphe qui ne nous est parvenu qu’à travers la traduction des septante retrace l’épopée des makabim, de Matatiahou et de ses fils, leaders de la révolte. Il y est relaté qu’une fois le temple reconquis et remis en état, chacun a regretté de n’avoir pu y célébrer la fête de soukot. Le deuxième livre des makabim raconte :

« Ils ont célébré dans la joie, huit jours comme la fête de soukot, se souvenant que quelques temps auparavant ils avaient passé les jours de soukot dans les montagnes et les cavernes comme des animaux. Pour cette raison ils ont décoré avec des bâtons et des branches qu’on pouvait trouver à cette saison et avec des palmiers dattiers ils ont loué Dieu qui avait soutenu leur action dans la purification de son sanctuaire. » (makabim II, 10 :6-7)

La deuxième origine de la fête est donc historique. La situation de Sion comme terre conquise et les conditions de la révolte avaient empêché la célébration de soukot. Notre peuple, qui ne renonce jamais, a su recréer cette fête avec les moyens du bord, hors saison. Notons au passage que ce « soukot chéni » n’a pas pu obéir aux règles habituelles de la fête. Cela n’a pas empêché le peuple de la célébrer et de témoigner ainsi son amour pour la tradition. C’est une deuxième leçon de la fête : ne jamais renoncer, ne pas se laisser démoraliser par l’impossibilité de célébrer nos fêtes, tenter de « reconquérir le sanctuaire » en réunissant les conditions qui nous permettrons de poursuivre notre tradition, et, lorsque le sanctuaire est reconquis, ne pas l’ériger en vérité pétrifiée et idolâtre, mais témoigner de notre amour pour la tradition de façon créative.

 

Hanouka, et cette partie de l’histoire est la plus connue, possède également un fondement légendaire, psychologique et symbolique. Il s’agit du miracle de la fiole d’huile, qui a permis à la ménora (lampe à sept branches utilisée au temple) de brûler pendant huit jours avec une toute petite quantité d’huile. Ainsi, une sorte de ménora à huit branches (comme les huit jours de hanouka) plus chamach, que l’on nomme « Hanoukia », a fait son apparition au quatrième siècle. Encore une fois, il s’agit de ne pas se laisser décourager par la petitesse de nos moyens.

Si nous n’avons qu’un peu d’huile, utilisons-là, partageons cette lumière, laissons là nous éclairer, et elle ne viendra pas à s’éteindre.

Pour cette année, nous pouvons retenir de cette fête si belle et si simple trois qualités qui nous accompagneront pendant ces huit jours, et espérons-le au delà : la lucidité et la conscience, la créativité dans l’expression de notre amour, l’espoir.

We are not victims, we are activists!

Thanks to my friend Len Muroff who initiated the translation of this article and who helped me doing it!

Last Friday, we were over 60 people at our east Paris synagogue for an interfaith dinner that allowed us to create direct links with women, men and children of all religious and philosophical backgrounds.

Charonne, 14/11/2015, 21h

Charonne, 14/11/2015, 21h

This past Friday while returning from synagogue, we heard the sirens of police and ambulances. Now, we are sad and shocked that human stupidity could make so many victims. We are in national mourning. We feel so powerless.

Both events illustrate a reality that we all know: As humans, we are capable of the worst and the best.

How can we increase our ability to bring out our best? How can we contain and defuse the risk of bringing out the worst?

In the short term, the destroyers may seem to be the winners. It is easy for cowards to attack by surprise. No glory in that. It would be criminal to add to the notoreity of the terrorists. We must continue to ignore their names. We must apply the injunction to « erase the name of Amalek.

Our service the morning after, was infused with values which we have been struggling for years: Equality between men and women, the inseparable link between tradition and modernity, the collaboration between prayer/spirituality and civic activism, the supremacy of education and peace.

In order to remain truly engaged, we must apply the injunction to remain « woven into the web of life”, we have to be active: we must take care of ourselves, our neighbors, and the strangers, in order to be truly alive.

Let fear not be the hero here. Let us focus the light on real heroism.

Heroism is a daily battle, it is the work of education and non-violence, which we must engage in patiently for ourselves personally and apply to our relationships with others.

juifs multiculturels...

Jews from different times and places (Beth Hatefutsot)

Heroism is represented by the Righteous Among the Nations that LICRA (International League Against Racism and Anti-Semitism) which we will celebrate on November 22nd, Heroism is found in the tweet « Open doors » (people opened their doors to welcome people fleeing from the terrorists). Heroism is the hundreds of people who went voluntarily to donate blood, Heroism is the ability to pick up the phone to support our families and to strengthen ties, Heroism is the ability to put down the phone when it’s time to recreate an intimate atmosphere in our homes, Heroism is our determination tos defend our French identity as the guarantor of fundamental freedom.

Today we are all united in this fight, a great « army of peace », « tséva shalom ouménouHa ».

We will continue to give meaning to our lives by fighting for inner peace, by being proud of our Jewish and French identities, to defend freedom and the Republic.

Some people make us a target for what we represent.
Nobody has the power to make us into victims, because in reality we are truly solidarity activists.

Thanks to everyone for the daily collaboration that gives meaning to my life.

Rabbi Floriane Chinsky

5 notions juives contre l’oppression

(écrit en septembre 2010, pour l’association « Terre des femmes » sur la question de la relation entre les religions et l’oppression des femmes, partie II: l’oppression dans les sources juives)

A côté de cet aspect universaliste, le peuple juif célèbre son nouvel an particulier à partir de la fête de pessaH. C’est à partir de cet évènement que la torah compte les mois. Il s’agit de la célébration de la fin de l’oppression.
Ainsi, la boucle est bouclée. L’alliance présuppose la liberté et la responsabilité, l’histoire de l’alliance avec le peuple d’Israël part de la sortie d’Égypte, de la victoire contre l’esclavagisme.
Ceci pourrait n’être que des mots. Pour que l’idée de liberté entre et s’ancre à travers l’histoire, il en faut plus. Il est facile de décrier l’oppression dont on est victime, difficile de renoncer ou même de se rendre compte de l’oppression dont on est auteur.
Ceci est une tendance humaine universelle : nous voyons mieux ce qui nous gêne que ce qui gêne autrui.
Hillel, ce grand sage du talmud, reprenait la célèbre parole de la torah :

« Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même: je suis l’Éternel. » (Lévitique 19:18 )

L’amour du prochain se fonde, nous enseigne la tradition orale, l’enseignement des sages de l’époque talmudique, sur le respect d’une éthique qui dépasse les conceptions individualistes : tel est le sens du « je suis l’Eternel ». Il veut dire, entre autre : ta finalité n’est pas en toi-même, tu ne dois pas agir uniquement en fonction d’un intérêt personnel, mais en fonction de principes qui te dépassent.

L’Éternel, adonaï ici, vient comme contrepoids à la tendance à l’oppression.
Opprimer au nom de dieu est impensable, et ceci n’en est qu’un petit exemple. Le mot lui-même que l’on dit « l’Eternel » en français, est appelé le tétragramme. Le tétragramme car il compte 4 lettres, lettres que l’on ne sait pas prononcer. On ne sait pas, et il est interdit de les prononcer. Le nom de dieu ne pouvait être prononcé qu’en des circonstances particulières, encore une fois des circonstances de jugement, lors d’un jour hautement solennel ; celui de yom kipour, ce même jour dont la préparation intense explique les fautes de frappe laissées dans ce texte et qui en rendent la lecture difficile.


Ainsi, le nom de dieu est imprononçable, et il est impensable qu’il soit détourné pour justifier des massacres.

D’après les dix commandements (dans la torah, livre de l’Exode et du Deutéronome), il est justement interdit d’en faire des représentations. Cet interdit permet de conserver une vision très abstraite de ce que peut être « « « dieu » » ». D’après ce que nous venons de voir, dieu est le principe au nom duquel il faut aimer son prochain que cela nous convienne ou non. Pour aller plus loin encore, il faut reprendre dans les 10 commandements, en hébreu les 10 paroles, la première, qui est comptée comme telle par les juifs alors qu’elle n’est qu’une forme introductive pour les chrétiens.
La voici :

« Je suis l’Éternel ton dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage » (Exode 27:2; Deutéronome 5:6)

La façon dont l’Éternel se définit est dans son aspect libérateur du peuple juif.
De cet aspect libérateur nait un impératif juridique de non oppression sur lequel nous reviendrons dans un petit instant. Nous parlions de Hillel, sage du Talmud, qui reprenait à sa façon lévitique 19:18 (« Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple, mais aime ton prochain comme toi-même: je suis l’Éternel. »)
Sa formulation était différente et d’une certaine façon plus facile à réaliser : « ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Pour ancrer ce grand principe anti-oppression dans la réalité, il ne suffit pas de le répéter comme un mantra, il faut réfléchir à la façon de le mettre en pratique au quotidien.
Telle est l’attitude générale du judaïsme, telle est la raison pour laquelle il ne peut s’agir d’une religion seulement ou seulement d’un système philosophique, il s’agit de l’alliance d’un groupe de gens partageant des références et une histoire et étudiant la meilleure façon d’appliquer des principes moraux fondamentaux.
Hillel dit :

« Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, voici toute la Torah complète, le reste, ce sont des commentaires, va et étudie. » (Talmud Babylonien traité chabbat, 31b)

De façon très concrète, les 10 commandements prévoient le respect du chabbat, en souvenir de la création du monde et de la sorite d’Égypte. Il est remarquable que ces deux évènements soient mis en parallèle. Le monde n’a pas de sens sans la liberté. On dit, en conséquence :

Le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton Dieu: tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi.
(Deutéronome 5 : 11-14)

(suite: Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir d’une main puissante et d’un bras étendu; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a prescrit d’observer te jour du Sabbat.)

Vous êtes peut-être choqués par la mention de la notion d’esclave, et je comprends cela très bien. L’esclavage n’aurait jamais du exister, le début de son abolition au début du 18iem siècle est bien tardif, et il n’est pas encore éradiqué. (note: En 2001, la loi Taubira introduit la notion de Crime contre l’Humanité pour ce qui concerne l’esclavage et la traite humaine).

Ici, les « esclaves » sont mentionnés dans un but particulier : celui d’ordonner qu’ils aient un jour de congé hebdomadaire. Cette prescription n’est pas la seule, et s’inscrit dans une série de « droits de l’esclave » qui est plus proche du droit du travail actuel. Nous comprenons néanmoins à travers cet exemple deux choses :
1 comment l’idée du refus de l’oppression s’est trouvé ancré dans une disposition juridique concrète pour la protéger et assurer sa mise en œuvre.
2 comment le système juif fonctionne en mettant en place un système juridique, qui n’est jamais sec, mais toujours vivant, plein d’amour des humains, au service de la justice.

Bien sûr, ceci n’est pas toujours le cas, comme tout système humain, il a ses problèmes et ses abus, ses dérives.
C’est une aspiration et une tentative à laquelle nous ne renonçons pas.
Nous voulons encore étudier ces principes et apprendre à les mettre en œuvre. Vous comprenez sans doute mieux, je l’espère, les raisons pour lesquelles je ne peux pas être présente physiquement parmi vous malgré mon soutien aux entreprises qui refusent l’oppression (note: ce texte a été écrit pour une association qui m’invitait à un colloque un chabbat).

Pour conclure sur le chabbat, vous constatez que, heureusement, le gender féminin n’est pas exclu de l’interdiction de travailler et de faire travailler qui revient à l’autorisation de se ressourcer tous ensemble, hommes, femmes, « maîtres » et « esclaves ». Le chabbat est le temps de la création du lien social et les femmes y participent au même titre que les hommes, de même qu’elles ont reçu la torah et pris part à l’établissement de l’alliance avec eux au mont sinai.

Le mot oppression est certainement un mot fondamental du titre. Nous venons de voir que pour le judaïsme, tout nos efforts doivent se porter contre l’abolition d’une oppression qui a tendance à s’installer dans les relations humaines. Il ne suffit pas de refuser de faire à notre prochain ce que nous contestons nous-mêmes, il faut étudier et mettre en place un cadre qui soutienne cette belle intention.

Et faire encore un pas en avant en cherchant ce qui peut nous mener au bonheur d’être ensemble…

(Un prochain article reprendra la suite de mon intervention en se concentrant sur la situation des femmes.)