Vidouï, textes et commentaires

Pour ce qui est de la prise de conscience du mourrant concernant sa situation, je laisserai directement la parole au choulHan arouH, compilation juridique rédigée au milieu du 16iem siècle, ainsi qu’au Talmud qui l’inspire (matériel très ancien, rédaction au 5iem siècle) :

Talmud

Quand quelqu’un approche de la mort, on lui dit de réciter le vidouï avant qu’il ne décède.

(Le vidouï serait traduit par « confession des fautes ». Dans la tradition juive, la reconnaissance de nos erreurs est une chose essentielle, la première étape pour pouvoir s’améliorer. Le rabbin n’y joue pas de rôle particulier.)

On ajoute que d’une part, beaucoup ont prononcé le vidouï et ne sont pas morts, alors que d’autre part, beaucoup n’ont pas dit le vidouï et sont morts quand-même. Et aussi, une grande part des gens qui se promènent dans la rue et ont prononcé le Vidouï, parce que par le mérite du vidouï tu vas vivre.

ChoulHan arouH

…S’il n’est pas en mesure de prononcer le vidouï avec sa bouche, il le fera dans son cœur, et s’il ne sait pas faire le vidouï, on lui dit : « Dis « Que ma mort constitue le rachat de mes fautes ». » Toutes ces choses, on ne les dit pas en présence de personnes simples ou faibles (ou des femmes, mais vous vous doutez que je ne souscris pas à l’assimilation de la condition féminine à celle de personne faible) ou des enfants de peur qu’ils ne pleurent et ne lui déchirent le cœur.

On note dans ce texte l’importance d’appeler à la prise de conscience, d’encourager le malade, de faire le point sur sa vie et de tourner la dernière page dans la sérénité.

On note également que tant que la personne est en vie, même mourante, on considère qu’elle a une chance d’en réchapper, on ne renonce jamais, et j’ajoute qu’on ne parle pas d’elle comme d’un mort, on ne parle pas de son enterrement en sa présence, on la considère dans toute sa dignité d’être humain.

Voici le texte du Vidouï, tel qu’il figure dans le ChouHan ArouH :

Vidouï, version du ChouHan arouH :

Je reconnais, Eternel mon Dieu et Dieu de mes ancêtres, que ma guérison comme ma mort sont entre tes mains. Que ce soit ta volonté que je guérisse d’une guérison complète. Et si je meurs, que ma mort constitue le rachat de mes erreurs, de mes fautes et de mes pêchés, que j’ai commis devant toi, et donne moi ma part dans le jardin d’Eden, et laisse-moi mériter le monde futur destiné aux justes. (et s’il veut en dire plus, il en a le droit)

Ce texte est important car il encourage à accepter le caractère incertain de la vie, la possibilité de la guérison, la possibilité de la mort, la volonté que notre vie ait été positive et que nos erreurs soient sans conséquence sur ce monde que nous quittons.

Il peut poser certains problèmes cependant :

– L’intervention directe de Dieu dans la maladie ou sa guérison.

– L’insistance sur les différents « pêchés », « fautes », « erreurs », qui semble culpabilisante.

– La référence au jardin d’Eden et au monde futur.

Je vous fais donc part d’une autre version, composée par la Rabbinical Assembly, l’association qui regroupe différents rabbins du mouvement massorti auquel j’appartiens :

Vidouï, version de la Rabbinical Assembly :

Mon Dieu et Dieu de mes ancêtres, Que ma prière se présente devant toi, et ne te détourne pas de ma supplication. Je t’en prie, recouvre toutes les fautes que j’ai commises devant toi jusqu’à aujourd’hui. Je me sens honteux et attristé d’avoir commis des actions mauvaises et des transgressions. Et maintenant, prends, je t’en prie, mes tourments et ma souffrance comme couverture et pardonne mes manquements, car c’est vis-à-vis de toi que j’ai fauté.

Que ce soit ta volonté, éternel mon Dieu et Dieu de mes ancêtres, que je ne commette plus de fautes et envoie-moi une pleine guérison, à moi et à tous ceux qui souffrent.

En préparant cette intervention pour vous, je me suis demandé ce que je souhaiterai dire au moment de ma mort. Il me semble que le texte qui me conviendrait le mieux, pour ce que je peux en savoir aujourd’hui, serait le suivant :

Vidouï, version personnelle :

Je reconnais, Eternel mon Dieu et Dieu de mes ancêtres, que ma guérison comme ma mort sont entre tes mains. Que ce soit ta volonté que je guérisse d’une guérison complète. Et si je meurs, que ma mort constitue le rachat de mes erreurs. Que ceux que j’aime me pardonnent les fautes que j’ai commises vis-à-vis d’eux, que la vie leur apporte ce que je n’ai pas su leur apporter. Que mon souvenir leur soit une source de force et de sagesse, que ce que j’ai pu accomplir pour eux leur soit une bénédiction.

Tisse mon action et mes valeurs dans le réseau de la vie, prend pitié de ton monde et donne le bonheur et la sagesse à tes créatures qui restent dans ce monde. Donne-moi la paix.

En 3000 ans, le judaïsme a évolué, toujours autour de principes immuables. La diversité des versions du Vidouï que je présente ici n’en est qu’un exemple.

Un commentaire sur “Vidouï, textes et commentaires

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